Le portrait perdu de Winston Churchill : que faire d’un cadeau foireux ?

NPG x136052; Winston Churchill; Kathleen ('Katharine') Frances Sutherland (nÈe Barry); Graham Vivian Sutherland by Elsbeth R. Juda

#mastersofinstagram (National Portrait Gallery)

On ne va pas se mentir : c’est quand même un peu relou quand on nous offre un truc moche. Les solutions se bousculent et aucune ne semble vraiment adaptée à la situation. Planquez-le au fond d’une boîte ou d’un placard, et le pote responsable viendra toujours vous voir la bouche en coeur pour savoir ce qui a bien pu lui arriver – laissez-le prendre la poussière en haut d’une étagère et il y aura toujours quelqu’un pour vous rappeler son existence en ricanant.

C’est encore plus tendu quand vous êtes Winston Churchill (je sais, y’a peu de chances), et que les parlementaires britanniques ont commandé un portrait à vous faire offrir très officiellement dans une cérémonie publique à Westminster Hall, pour votre 80e anniversaire, un triste jour de 30 novembre 1954 – oh, et aussi que la Chambre des Communes et la Chambre des Lords ont toutes les deux retourné tous les coussins de leurs canapés pour dénicher mille guinées à faire payer à l’artiste.

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The Landlord’s Game: les origines anti-capitalistes du Monopoly

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Exemple d’une harmonie familiale vouée à disparaître au cours de la partie de Monopoly. Comme dit l’autre, « c’est le jeu, ma pauvre Lucette ».

C’est les fêtes, c’est Noël, c’est les longues soirées au coin de la cheminée à s’empiffrer de chocolat, c’est le temps de la famille, des films avec Whoopi Goldberg qu’on a déjà vu 50 000 fois mais c’est pas grave puisqu’ils passent à la télé, des cadeaux sous l’arbre, d’essayer de ne pas penser trop fort que Tonton Jacques a l’air d’un pédophile déguisé en père Noël – c’est aussi, l’air de rien, la saison des jeux des société, quand on est trop nombreux pour se mettre d’accord sur le programme du soir. Au premier rang de ces jeux de société ? Le Monopoly.

Edition Montcuq, édition gay, édition Disney, édition équipe de France de Football, édition Harry Potter (oui oui, je vous jure, mais va falloir y mettre de l’huile de coude par contre) – il y en a pour tous les goûts. Diantre, essayez de trouver quelqu’un qui ne sait pas jouer au Monopoly dans votre entourage, vous en chierez probablement un peu – et si on met de côté les éternels débats sur l’utilité exacte de la case « parking gratuit » (spoiler: à rien, elle ne sert strictement à rien, sinon à faire un break), y’a moyen que ça convienne à petits et grands. Le Monopoly, c’est la garantie de 30 minutes de bon temps puis d’une bonne heure et demi où ça va se foutre sur la gueule parce qu’on a ruiné pépé, la grande soeur et le petit cousin et qu’ils le vivent mal, puis d’une partie jamais achevée parce que ça devient vite sacrément long. Bien plus qu’un jeu, c’est une légende, qui dans les rayons de votre magasin préféré lève probablement un sourcil sarcastique face aux Jungle Speeds qui tentent de le détrôner – un jeu qui siège au sommet aux côtés des Cluedo, des 1000 bornes et des autres grands de ce monde. Rien de surprenant. C’est quand même super fun, de faire la banque.

Sauf que le Monopoly, bah, on se trompe sur son sens profond et son message depuis notre plus tendre enfance: loin d’encenser les merveilles du monopole et de l’acquisition sauvage de fortune sous rire diabolique quand votre père atterrit tout droit sur *votre* rue de la Paix, c’est un jeu voué à vous apprendre que le capitalisme, des fois, c’est mal.

Oui oui.

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Alphonse Jobert, l’homme qui prétendit pouvoir régler la dette de l’État grâce à l’alchimie

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Le swag de l’alchimiste du XIXe-XXe siècle (Médiathèque de Chaumont)

Vous savez, la pierre philosophale ? Rien qu’à dire le nom, ça fait un petit peu moyenâgeux . C’est le genre d’objet ultra cool – et ultra pratique – qu’on croise juste dans Harry Potter  ou dans l’improbable histoire du vrai de vrai Nicolas Flamel (celui sans pouvoir magiques et qui n’était pas méga pote avec Dumbledore – ouais, triste, je sais). Pour ceux qui avaient la flemme de se taper tous les dialogues dans Harry Potter à l’Ecole des Sorciers ou qui ont juste la mémoire un petit peu courte, la pierre philosophale c’est une substance alchimique (hypothétique jusqu’à preuve du contraire, tout ça tout ça) capable de plein de trucs sympatoches, du genre guérir toutes les maladies du monde, prolonger (éternellement) la vie et surtout, surtout changer tous les métaux un petit peu nazes en or ou en argent. Dire qu’elle a été l’objet de recherches actives au cours de l’Histoire serait un euphémisme et eh, c’est compréhensible: la pierre philosophale, c’est la solution miracle à ces jours où votre nez constamment bouché par votre rhume depuis une semaine commence à vous rendre dangereusement fou et aussi au jour où vous vous rendez compte avec horreur, à la terrasse d’un café, que vous n’avez potentiellement pas assez de monnaie pour votre double latte macchiato. Et puis c’est sympa, aussi, de pouvoir renflouer instantanément votre compte chez Gringotts sous l’oeil légèrement blasé du gobelin de service. Mais, ouais. Concrètement, ça tient du fantasme, ou ça fleure bon les rues dégueulasses (et totalement dépourvues de double latte macchiato) de Paris au XIVe siècle.

Sauf qu’en 1905, un certain Alphonse Jobert a fait une déclaration choc à un journaliste circonspect du mensuel français Je Sais Tout: « Si l’Etat voulait, je me chargerais de lui fabriquer trente milliards en dix ans… » Points de suspension inclus, pour le suspens. Comment? Grâce à sa maîtrise de l’alchimie, qui lui permettrait de produire de l’or.

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…Apollinaire a été soupçonné du vol de la Joconde ?

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Stupeur (et tremblements) au petit matin du lundi 22 août 1911: l’impensable est arrivé. La Joconde a pris ses cliques et ses claques, ne laissant que quatre crochets vides au mur et un directeur du Louvre probablement blême face à la plus grosse connerie de sa carrière. Le préfet Lépine galope jusqu’au musée, flanqué du chef de la sûreté parisienne (le Quai des Orfèvres, pour les intimes) Mr. Harnard, et d’une soixantaine d’inspecteurs – mais la Joconde, après ratissage du musée tout entier, reste introuvable. Le seul indice ? Une belle empreinte digitale de pouce découverte sur la vitre et le cadre abandonnés dans l’escalier menant à la cour Visconti, sans aucun fichier numérique avec lequel la comparer – chouette. On relève à la va-vite celles de 257 employés du Louvre, en croisant fort-fort-fort les doigts pour avoir le coupable sous la main – que dalle. Humilié (et pointé du doigt par la presse), Théophile Homolle, le directeur du Louvre en question, présente sa démission. La Joconde est toujours introuvable (parce que sinon ça serait vachement trop facile).

Ca ressemble au début d’un roman policier – c’est d’ailleurs le début d’un roman policier aussi, mais on parlera de ça plus tard. Pourtant, cette histoire a réellement eu lieu – et Mona Lisa est restée planquée pendant deux ans, au grand dam d’une armée de touristes asiatiques (ok – ils étaient sûrement vachement moins nombreux à l’époque, mais quand même). Parmi les suspects? Guillaume Apollinaire lui-même.

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…Pendant la première guerre mondiale, un chien a été promu sergent et a reçu plusieurs médailles?

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Stubby est un héros de guerre. C’est aussi un bull terrier mêlé de terrier de Boston, tout petit, extrêmement énergique, affectueux et intelligent. Né en 1916 ou 1917, le début de sa vie est un mystère – mais il se trouve aujourd’hui naturalisé et soigneusement conservé au Smithsonian (le National Museum of American History). En quel honneur? Il est le tout premier animal promu au rang de sergent de l’armée américaine et le chien le plus décoré de la première guerre mondiale (voire de tous les temps) avec non moins de treize médailles. Dire que sa vie est digne d’un film hollywoodien serait un euphémisme – un projet de film d’animation intitulé Sgt. Stubby: An American Hero devrait voir le jour au printemps 2018.

Puis il est adorable, ok ? C’est une petite saucisse sur pattes qui s’appelle Sergeant Stubby. Plus adorable tu meurs. Un point c’est tout.

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…Les demoiselles d’Avignon de Picasso sont barcelonaises? (et d’autres trucs, aussi)

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Il n’y a guère que Guernica qui pourrait disputer aux Demoiselles d’Avignon le titre d’oeuvre la plus connue et reconnue de Picasso. Achevé en 1907, ce colossal tableau de 243,9 cm sur 233,7, aujourd’hui conservé au Museum of Modern Art (MoMA, pour les intimes), est salué comme une oeuvre fondatrice du cubisme et l’un des paliers les plus importants de la carrière du peintre. Faut dire qu’on les reconnaît en un clin d’oeil, les madames: une pomme, une poire, une grappe de raisin et une tranche de pastèque (oui, c’est une pastèque), cinq femmes à poil, les yeux rivés vers le spectateur dans un regard qui fait quand même un petit peu froid dans le dos – le tout devant un rideau qui s’apparente à un rideau de théâtre, mais avec Picasso on est jamais tout à fait sûrs. L’image est fermement imprimée dans l’imaginaire collectif, et la voir suffit à nous faire hocher la tête dans une acceptation générale du fait que ceci est un chef d’oeuvre. Chef d’oeuvre, oui. Chef d’oeuvre méconnu, surtout.

D’abord: ces demoiselles n’ont strictement rien à voir avec Avignon (!)

Ensuite: ce tableau a choqué tout le monde (!!)

Pour finir: il est fort probable qu’il ne soit même pas l’oeuvre fondatrice du cubisme, comme on l’affirme souvent (!!!)

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…Agatha Christie était aussi une archéologue amatrice ?

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Si vous n’avez jamais entendu parler de Agatha Christie (1890 – 1976), et bien, je suis désolée pour vous – ou alors ça veut juste dire que vous êtes nés hier, ou que vous avez passé le plus clair de votre existence dans une grotte. Cela dit, même depuis votre grotte, il y a moyen d’avoir au moins ouï le nom du personnage. La Reine du Crime, comme on la surnomme, est forte d’une oeuvre comportant 67 romans policiers, 6 autres romans publiés sous le pseudonyme « Mary Westmacott », 16 pièces de théâtre, 2 livres de mémoires et souvenirs, et 14 recueils de nouvelles. Au cas où ça ne suffirait pas, et bien laissez-moi ajouter qu’elle est l’auteur le plus tiré et le plus traduit au monde, hors Bible et Shakespeare (parce que quand même, hein) – nous parlons là de plus de 100 langues et 2 milliards d’exemplaires. Et puis elle a créé Hercule Poirot. Et Miss Marple. Elle mérite le respect pour Poirot et Marple.

Dès lors, il serait bien facile d’imaginer la madame retranchée derrière sa machine à écrire, une tasse de thé dans une main parce qu’elle est british (non mais), à tremper distraitement un petit gateau sec dans son Earl Grey en se demandant comment, par les rouages d’un cerveau vachement machiavélique quand même pour une femme à l’apparence si avenante, nous laisser tous sur le cul avec *la* conclusion que personne n’avait vu venir. Non. Passionnée de voyages depuis son plus jeune âge, Agatha Christie n’a jamais eu de cesse de parcourir le monde – et, en 1930, son mariage avec l’archéologue Max Mallowan l’a amenée vers de toutes nouvelles aventures, principalement dans l’ancienne Mésopotamie (Irak et Syrie actuelles, grosso-merdo). Pas comme touriste: comme membre actif de ses expéditions.

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…Les cigarettes ont longtemps été vendues comme bonnes pour la santé ?

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Aah, qu’il est loin le souvenir des publicités de cigarettes. Depuis la loi Evin (1991), nous avons perdu, en France, le bonheur de voir les équipes de marketing s’échiner à faire l’impossible: vendre des clopes en passant sous silence toutes les raisons pour lesquelles il ne faudrait *pas* vendre de clopes. Mais pourquoi la loi Evin, d’abord? Parce que encourager les gens à fumer, c’est-mal, et que la clope c’est pas tip-top pour la santé: en 2008, l’organisation mondiale de la santé a désigné le tabac comme une épidémie, indiquant qu’il « tue de si nombreuses façons qu’il figure parmi les facteurs de risque de six des huit premières causes de mortalité dans le monde ».

Mais le fait est que avant 1950 et la première étude épidémiologique menée sur le sujet par Evarts Ambrose Graham et Ernst Wynder, bah… on en avait pas vraiment conscience. On pensait même plutôt le contraire. Peut-être vous souvenez-vous du Discours d’un roi, où George VI, interprété par Colin Firth, commençait à fumer parce que son médecin lui avait affirmé que cela « calmerait ses nerfs et détendrait ses poumons »? L’intrigue se déroule principalement en 1939, et reflète une réalité devenue surprenante. Depuis la fin du XIXe siècle, c’était un florilège de fausses idées qui circulaient sur la cigarette, et tout un paquet de publicités improbables qui allaient avec. Conséquences d’une croyance sincère dans les vertus thérapeutiques de la cigarette, puis d’une bonne vieille mauvaise foi.

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…Le Titanic aurait pu éviter l’iceberg si l’équipage avait eu la clé d’un placard?

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Nous avons tous, plus ou moins, connu ce moment mortifiant où nous réalisons que nous avons en notre possession un objet que nous ne sommes pas du tout supposés avoir. Bouquin jamais rendu à la bibliothèque, t-shirt emprunté et rangé au fin fond d’un placard pendant trois ans, clés de voiture ou pire encore clés de maison… En théorie, pas de raison de s’accuser de la mort de plus d’un millier de personnes (et de Leonardo Di Caprio). David Blair (né le 11 novembre 1874 à Broughty Ferry et décédé le 10 janvier 1955 à Hendon, Middlesex), lui, si. Et putain, il s’en est mordu les doigts. En effet, le désastre qui a inspiré l’un des films les plus vus et les plus primés de l’histoire du cinéma – et une angoisse durable de prendre le bateau sur de longs trajets pour un nombre certain de spectateurs – a bien failli être incombé à ce seul et unique marin britannique de la White Star Line, qui pourtant ne se trouvait même pas sur le RMS Titanic au moment de son naufrage.

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