…Il existe 21 façons différentes de mourir chez Shakespeare?

En matière de fins tragiques, le théâtre français est on-ne-peut plus prude. La décence (au milieu de tout un fatras d’autres règles) veut que le héros aie la politesse de quitter la scène pour pousser son dernier souffle. Pour ne pas choquer les bonnes moeurs, pour laisser la part belle à l’imagination, pour économiser sur le budget, pour ne pas provoquer de réactions de fureur dans un public un petit peu trop impliqué par ce parangon de l’imagination… les raisons sont multiples. Dire que les anglo-saxons ont fait d’autres choix en matière de mise en scène serait un euphémisme. Dire que Shakespeare a kiffé, plus que tout, mettre en scène les fins de ses personnages, en serait un encore plus gros. Les scènes les plus sanglantes étaient présentées avec le plus grands des réalismes, avec une volonté de divertir un public venu, en partie, pour qu’on lui en mette plein les yeux (et pour siroter sa bière en bonne compagnie dans le Globe) – et, au fur et à mesure des pièces du Barde, c’est une surenchère constante qui se met en place… pour garder un petit peu de surprise.

Continuer la lecture

…Caligula aurait lancé une campagne militaire pour jouer à la guerre et ramasser des coquillages?

Vous savez probablement que l’empereur Caligula avait un grain. Si ce n’est pas le cas, je plains vos professeurs d’Histoire – ou alors, vous étiez, au collège et au lycée, comme moi: c’est à dire le genre à ronfler joyeusement à sa place préférée à côté de la fenêtre. C’est pas un drame, ça se rattrape. Allez en paix. Vous êtes pardonnés.

Continuer la lecture

…Le parricide était tout à fait compréhensible durant l’Empire romain?

Malgré quatre (ou cinq…?) ans de latin, il ne me reste plus grand chose de la très noble langue morte. Honnêtement, si la première déclinaison m’est restée dans la caboche c’est surtout grâce à Jacques Brel – et pour le reste, je m’amuse parfois à enchaîner des phrases toutes faites pour prétendre que j’ai une mémoire capable d’un fonctionnement normal. Alea jacta est, cogito ergo sum, si vis pace para bellum, panem et circenses (que je traduirai toute ma vie « du pain et des cerceaux » – rienàfoutre), et aussi, surtout, tu quoque mi fili.

(que j’ai écrit correctement du premier coup… Yay !!!)

Le fait est, les rapports familiaux sous l’Empire romain pouvaient se révéler parfois quelque peu tordus et tendus – de quoi nous faire penser que, finalement, les tractations politiques de Brutus-fils-adoptif-de-César (ndlr: en fait il ne l’était point, et il y a un chouette article à consulter sur le sujet dans les commentaires!) et son coup de couteau bien placé ne sont pas *si* étonnantes que cela. Il faut remettre les choses dans leurs contextes. Le meurtre d’un parent proche était, certes, l’un des pires crimes concevables à l’époque (Cicéron nous indique avec moult détails dans le De Inventione que le condamné était fouetté, puis que sa tête était enroulée dans un sac en cuir, puis qu’on le cousait tout entier dans un sac, et hop, dans le Tibre, ou dans la Mer – quelques années plus tard, sous Auguste, Sénèque dans le De Clementia et le Corpus Iuris Civilis nous indiquent cordialement qu’un coq ET un chien affamés ET une vipère ET un singe étaient enfermés dans le sac aussi, tant qu’à faire) – mais la loi donnait de larges raisons pour l’enfant de souhaiter que paternel fasse une grosse chute dans les escaliers.

Continuer la lecture