…Agatha Christie était aussi une archéologue amatrice ?

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Si vous n’avez jamais entendu parler de Agatha Christie (1890 – 1976), et bien, je suis désolée pour vous – ou alors ça veut juste dire que vous êtes nés hier, ou que vous avez passé le plus clair de votre existence dans une grotte. Cela dit, même depuis votre grotte, il y a moyen d’avoir au moins ouï le nom du personnage. La Reine du Crime, comme on la surnomme, est forte d’une oeuvre comportant 67 romans policiers, 6 autres romans publiés sous le pseudonyme « Mary Westmacott », 16 pièces de théâtre, 2 livres de mémoires et souvenirs, et 14 recueils de nouvelles. Au cas où ça ne suffirait pas, et bien laissez-moi ajouter qu’elle est l’auteur le plus tiré et le plus traduit au monde, hors Bible et Shakespeare (parce que quand même, hein) – nous parlons là de plus de 100 langues et 2 milliards d’exemplaires. Et puis elle a créé Hercule Poirot. Et Miss Marple. Elle mérite le respect pour Poirot et Marple.

Dès lors, il serait bien facile d’imaginer la madame retranchée derrière sa machine à écrire, une tasse de thé dans une main parce qu’elle est british (non mais), à tremper distraitement un petit gateau sec dans son Earl Grey en se demandant comment, par les rouages d’un cerveau vachement machiavélique quand même pour une femme à l’apparence si avenante, nous laisser tous sur le cul avec *la* conclusion que personne n’avait vu venir. Non. Passionnée de voyages depuis son plus jeune âge, Agatha Christie n’a jamais eu de cesse de parcourir le monde – et, en 1930, son mariage avec l’archéologue Max Mallowan l’a amenée vers de toutes nouvelles aventures, principalement dans l’ancienne Mésopotamie (Irak et Syrie actuelles, grosso-merdo). Pas comme touriste: comme membre actif de ses expéditions.

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…Les cigarettes ont longtemps été vendues comme bonnes pour la santé ?

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Aah, qu’il est loin le souvenir des publicités de cigarettes. Depuis la loi Evin (1991), nous avons perdu, en France, le bonheur de voir les équipes de marketing s’échiner à faire l’impossible: vendre des clopes en passant sous silence toutes les raisons pour lesquelles il ne faudrait *pas* vendre de clopes. Mais pourquoi la loi Evin, d’abord? Parce que encourager les gens à fumer, c’est-mal, et que la clope c’est pas tip-top pour la santé: en 2008, l’organisation mondiale de la santé a désigné le tabac comme une épidémie, indiquant qu’il « tue de si nombreuses façons qu’il figure parmi les facteurs de risque de six des huit premières causes de mortalité dans le monde ».

Mais le fait est que avant 1950 et la première étude épidémiologique menée sur le sujet par Evarts Ambrose Graham et Ernst Wynder, bah… on en avait pas vraiment conscience. On pensait même plutôt le contraire. Peut-être vous souvenez-vous du Discours d’un roi, où George VI, interprété par Colin Firth, commençait à fumer parce que son médecin lui avait affirmé que cela « calmerait ses nerfs et détendrait ses poumons »? L’intrigue se déroule principalement en 1939, et reflète une réalité devenue surprenante. Depuis la fin du XIXe siècle, c’était un florilège de fausses idées qui circulaient sur la cigarette, et tout un paquet de publicités improbables qui allaient avec. Conséquences d’une croyance sincère dans les vertus thérapeutiques de la cigarette, puis d’une bonne vieille mauvaise foi.

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…Les Misérables de Victor Hugo a été incendié par la critique à sa sortie?

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Les Misérables, c’est un monument. C’est le bouquin que je garde constamment en pleine vue dans mon appartement histoire de frimer et passer pour une meuf supra-cultivée. C’est, aux yeux du reste du monde, l’équivalent en trois volumes de littérature de la Tour Eiffel, du super-combo baguette-bicyclette-béret-marinière, de la Joconde et des rumeurs d’hygiène corporelle douteuse. Les Misérables, c’est un (pas si) petit bout de France – mais aussi un roman qui condense histoire tout court, dénonciations sociales, histoire politique, mais aussi de la philosophie, tous les idéaux du mouvement Romantique, des personnages si emblématiques qu’ils en sont devenus des noms communs, et une mare de sang à en faire pâlir George R. R. Martin. Sérieux. Tout le monde crève là-dedans, mon petit coeur a toujours du mal à tenir le coup. C’est aussi, l’air de rien, un tour de force. Cinq tomes, au moins 34 adaptations au cinéma, un musical ultra-badass, tout ça avec pour seul postulat de base qu’un type a volé du pain.

En France on déconne pas avec le pain, ok.

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…L’un des médicaments pour enfants les plus vendus du XIXe siècle était principalement composé de morphine et d’alcool?

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De 1845 à 1930, Mrs Winslow’s Soothing Syrup a été une institution. Que dis-je ! Ce sirop a été la solution miracle pour toutes les mères au désespoir et en manque de sommeil. Le produit, manufacturé par les pharmaciens Jeremiah Curtis et Benjamin A. Perkins (originaires de Bangor, Maine), avait tout du Saint Graal pharmaceutique : soulagement des douleurs dentaires chez l’enfant, des diahrées, aide pour les nuits difficiles, la liste de ses merveilleux effets allait encore et encore, interminable. Toutes les conditions étaient réunies pour en faire un succès de ventes. L’efficacité radicale et la promesse d’un petit peu de calme dans ce monde de brutes, ça n’a pas de prix. Continuer la lecture

…La première colonie anglaise en Amérique du Nord a mystérieusement disparu ?

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La colonie anglaise de Roanoke, installée sur l’île du même nom, en Caroline du Nord, fut la première véritable tentative britannique d’installation en Amérique du Nord. Etablie par Sir Walter Raleigh pour le compte de Elisabeth Iere dans les années 1580, elle avait tout pour prospérer. Sauf que non. Elle s’est littéralement évanouie dans la nature – en ne laissant pour seule trace que le mot « Croatoan » gravé sur un poteau. Aujourd’hui encore, elle est considérée comme « La Colonie Perdue » – et les raisons de sa disparition sont inconnues.

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…Le 1er avril 1957, la BBC a convaincu le Royaume-Uni de l’existence d’arbres à spaghettis?

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Nous sommes en l’an de grâce 1957. Le monde est encore loin de rêver des blagounettes annuelles de Google Maps (hé – y’a un petit bonhomme disco qui danse sur l’application, c’est super cool et j’ai sûrement passé trop de temps pour ma propre dignité à glousser en le faisant tourner en boucle), de J’arrête Youtube qui trende sur Twitter et de la voix de Homer Simpson à la SNCF. Cela ne veut pas dire pour autant que quelques esprits diaboliques ne fonctionnent pas à plein régime pour faire tourner les gens en bourrique au moment où ils s’y attendent le moins. Personne n’a jamais été à l’abri un premier avril, après tout. Et putain. La BBC a toujours pété la classe quand il s’agit de poissons hauts en couleurs.

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…Macbeth est une pièce maudite?

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De toutes les superstitions qui entourent le théâtre (et elles sont nombreuses), la plus légendaire est probablement celle qui entoure la plus courte des tragédies de Shakespeare: Macbeth. Particulièrement commune aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, elle a fait son bout de chemin sur les planches du monde entier. Elle est même mentionnée (et exploitée) dans l’épisode des Simpsons Homer rentre dans la reine (The Regina Monologues, saison 15, épisode 4), où le nom de la pièce fait son apparition par neuf fois et entraîne une série de malheurs pour un comédien (Sir Ian McKellen dans le rôle de Sir Ian McKellen!) – et si les Simpsons ne sont pas un gage suffisant de diffusion culturelle pour vous et bien je… suis… désolée pour cette introduction ?

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…Le Titanic aurait pu éviter l’iceberg si l’équipage avait eu la clé d’un placard?

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Nous avons tous, plus ou moins, connu ce moment mortifiant où nous réalisons que nous avons en notre possession un objet que nous ne sommes pas du tout supposés avoir. Bouquin jamais rendu à la bibliothèque, t-shirt emprunté et rangé au fin fond d’un placard pendant trois ans, clés de voiture ou pire encore clés de maison… En théorie, pas de raison de s’accuser de la mort de plus d’un millier de personnes (et de Leonardo Di Caprio). David Blair (né le 11 novembre 1874 à Broughty Ferry et décédé le 10 janvier 1955 à Hendon, Middlesex), lui, si. Et putain, il s’en est mordu les doigts. En effet, le désastre qui a inspiré l’un des films les plus vus et les plus primés de l’histoire du cinéma – et une angoisse durable de prendre le bateau sur de longs trajets pour un nombre certain de spectateurs – a bien failli être incombé à ce seul et unique marin britannique de la White Star Line, qui pourtant ne se trouvait même pas sur le RMS Titanic au moment de son naufrage.

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…A cause d’une impératrice du VIIIe siècle, le Japon a pensé les femmes inaptes à régner pendant 1000 ans?

Le mois des droits de la femme (et pas juste « de la femme », diantre !) touche à sa fin – et, pour l’occasion, on va parler Japon. On mentionne souvent Raspoutine et sa colossale influence sur Alexandrovna Feodorovna, l’épouse de Nicolas II de Russie – mais honnêtement, à côté de l’évènement historique qui s’est déroulé dans cette chère fort-fort lointaine île, il peut aller à se rhabiller. Parce que la principale répercussion de l’histoire de l’impératrice Kōken et du moine bouddhiste Dōkyō a été… ouais, plutôt costaud: la conviction selon laquelle les femmes étaient inaptes au trône et pouvaient risquer (par une forme de « faiblesse ») la ruine du pays et de la dynastie impériale. Rien que ça. Pas radical pour deux sous.

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…Il existe 21 façons différentes de mourir chez Shakespeare?

En matière de fins tragiques, le théâtre français est on-ne-peut plus prude. La décence (au milieu de tout un fatras d’autres règles) veut que le héros aie la politesse de quitter la scène pour pousser son dernier souffle. Pour ne pas choquer les bonnes moeurs, pour laisser la part belle à l’imagination, pour économiser sur le budget, pour ne pas provoquer de réactions de fureur dans un public un petit peu trop impliqué par ce parangon de l’imagination… les raisons sont multiples. Dire que les anglo-saxons ont fait d’autres choix en matière de mise en scène serait un euphémisme. Dire que Shakespeare a kiffé, plus que tout, mettre en scène les fins de ses personnages, en serait un encore plus gros. Les scènes les plus sanglantes étaient présentées avec le plus grands des réalismes, avec une volonté de divertir un public venu, en partie, pour qu’on lui en mette plein les yeux (et pour siroter sa bière en bonne compagnie dans le Globe) – et, au fur et à mesure des pièces du Barde, c’est une surenchère constante qui se met en place… pour garder un petit peu de surprise.

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