Le portrait perdu de Winston Churchill : que faire d’un cadeau foireux ?

NPG x136052; Winston Churchill; Kathleen ('Katharine') Frances Sutherland (nÈe Barry); Graham Vivian Sutherland by Elsbeth R. Juda

#mastersofinstagram (National Portrait Gallery)

On ne va pas se mentir : c’est quand même un peu relou quand on nous offre un truc moche. Les solutions se bousculent et aucune ne semble vraiment adaptée à la situation. Planquez-le au fond d’une boîte ou d’un placard, et le pote responsable viendra toujours vous voir la bouche en coeur pour savoir ce qui a bien pu lui arriver – laissez-le prendre la poussière en haut d’une étagère et il y aura toujours quelqu’un pour vous rappeler son existence en ricanant.

C’est encore plus tendu quand vous êtes Winston Churchill (je sais, y’a peu de chances), et que les parlementaires britanniques ont commandé un portrait à vous faire offrir très officiellement dans une cérémonie publique à Westminster Hall, pour votre 80e anniversaire, un triste jour de 30 novembre 1954 – oh, et aussi que la Chambre des Communes et la Chambre des Lords ont toutes les deux retourné tous les coussins de leurs canapés pour dénicher mille guinées à faire payer à l’artiste.

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Les Cabinets de Curiosités: petits musées des merveilles et des horreurs

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Dans mon jargon, on appelle ça une « déco légère » (Smithsonian Libraries

C’était chelou, les cabinets de curiosité, mais ça avait quand même un bon côté sympatoche – un peu comme toutes ces choses qui ne semblent suivre aucune vraie logique. On les sait ancêtres de nos musées (par leur amassage de collections), mais en vrai ils sont à l’origine de toute une culture du « n’importe quoi, mais qui a de la gueule et qui fait bien ». Dans leur constitution, en effet, on retrouvait souvent deux trames: hétéroclite et inédit. A partir de là, c’était au goût de chacun: antiquités, médailles, oeuvres d’art, et surtout histoire naturelles, avec des choses aussi sympas que des insectes séchés, des coquillages, des animaux empaillés et même de bonnes vieilles bizarreries à vous en filer des cauchemars. Parfois, on y trouvait des faux – et alors? Le but (plus ou moins) avoué, c’était d’en mettre plein la vue aux copains et aux invités de la maison en leur montrant qu’on avait la plus grosse (collection) et la plus impressionnante (collection, aussi).

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…Apollinaire a été soupçonné du vol de la Joconde ?

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Stupeur (et tremblements) au petit matin du lundi 22 août 1911: l’impensable est arrivé. La Joconde a pris ses cliques et ses claques, ne laissant que quatre crochets vides au mur et un directeur du Louvre probablement blême face à la plus grosse connerie de sa carrière. Le préfet Lépine galope jusqu’au musée, flanqué du chef de la sûreté parisienne (le Quai des Orfèvres, pour les intimes) Mr. Harnard, et d’une soixantaine d’inspecteurs – mais la Joconde, après ratissage du musée tout entier, reste introuvable. Le seul indice ? Une belle empreinte digitale de pouce découverte sur la vitre et le cadre abandonnés dans l’escalier menant à la cour Visconti, sans aucun fichier numérique avec lequel la comparer – chouette. On relève à la va-vite celles de 257 employés du Louvre, en croisant fort-fort-fort les doigts pour avoir le coupable sous la main – que dalle. Humilié (et pointé du doigt par la presse), Théophile Homolle, le directeur du Louvre en question, présente sa démission. La Joconde est toujours introuvable (parce que sinon ça serait vachement trop facile).

Ca ressemble au début d’un roman policier – c’est d’ailleurs le début d’un roman policier aussi, mais on parlera de ça plus tard. Pourtant, cette histoire a réellement eu lieu – et Mona Lisa est restée planquée pendant deux ans, au grand dam d’une armée de touristes asiatiques (ok – ils étaient sûrement vachement moins nombreux à l’époque, mais quand même). Parmi les suspects? Guillaume Apollinaire lui-même.

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…Les demoiselles d’Avignon de Picasso sont barcelonaises? (et d’autres trucs, aussi)

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Il n’y a guère que Guernica qui pourrait disputer aux Demoiselles d’Avignon le titre d’oeuvre la plus connue et reconnue de Picasso. Achevé en 1907, ce colossal tableau de 243,9 cm sur 233,7, aujourd’hui conservé au Museum of Modern Art (MoMA, pour les intimes), est salué comme une oeuvre fondatrice du cubisme et l’un des paliers les plus importants de la carrière du peintre. Faut dire qu’on les reconnaît en un clin d’oeil, les madames: une pomme, une poire, une grappe de raisin et une tranche de pastèque (oui, c’est une pastèque), cinq femmes à poil, les yeux rivés vers le spectateur dans un regard qui fait quand même un petit peu froid dans le dos – le tout devant un rideau qui s’apparente à un rideau de théâtre, mais avec Picasso on est jamais tout à fait sûrs. L’image est fermement imprimée dans l’imaginaire collectif, et la voir suffit à nous faire hocher la tête dans une acceptation générale du fait que ceci est un chef d’oeuvre. Chef d’oeuvre, oui. Chef d’oeuvre méconnu, surtout.

D’abord: ces demoiselles n’ont strictement rien à voir avec Avignon (!)

Ensuite: ce tableau a choqué tout le monde (!!)

Pour finir: il est fort probable qu’il ne soit même pas l’oeuvre fondatrice du cubisme, comme on l’affirme souvent (!!!)

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…Le surnom de « Douanier » de Henri Rousseau a été utilisé pour le tourner en ridicule?

Dans deux jours s’ouvrira au Musée d’Orsay l’exposition Le Douanier Rousseau. L’innocence archaïque. – elle s’achèvera au 17 juillet et j’y irai probablement parce que la gratuité pour les moins de 25 ans ressortissants de l’Union Européenne, c’est cool, quand même.

C’est, mine de rien, une chouette occasion pour commencer à parler d’art ici – et pour avouer que, grosso modo jusqu’à mes vingt ans, je pensais que « Douanier » était le véritable prénom de Henri Rousseau, que ses parents étaient des gens pas sympas et que ce pauvre petit avait probablement morflé dans la cour de récréation.

(vous avez le droit de vous moquer de moi)

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