…Arnold Schwarzenegger doit en partie sa carrière à Shakespeare?

Schwarzenegger-as-Hamlet

Arnold Schwarzenegger. William Shakespeare.

Arnold Schwarzenegger. William Shakespeare.

Arnold Schwarzenegger. William Shakespeare.

Voilà – simplement pour bien mettre en place le bon gros paradoxe.

Parce que, à première vue, absolument rien ne semble unir ces deux hommes. Ni l’époque, ni le pays, ni le physique, ni même le genre d’art visuel dans lequel ils se sont épanouis… Shakespeare n’a jamais entendu parler de Arnold Schwarzenegger et certaines mauvaises langues dans l’assemblée ne pourront s’empêcher de dire qu’Arnold Schwarzenegger n’a peut-être bien jamais entendu parler de William Shakespeare non plus.

(Cinq apparitions du nom du nom du légendaire acteur / culturiste / politicien plus tard, je me sens obligée de vous faire un terrible aveu: je n’ai jamais été capable d’écrire Schwarzenegger correctement et je suis actuellement en train d’user et d’abuser de ce cadeau divin qu’est le copier/coller pour ne pas avoir l’air d’une imbécile. Voilà. Vous savez tout. La sincérité avant toute autre chose)

Et pourtant ! Et pourtant. Sans William Shakespeare, peut-être bien qu’Arnold Schwarzenegger n’aurait jamais eu de carrière. J’aurais aimé vous annoncer que l’inverse est également vrai (ça, ç’aurait été vraiment croustillant), mais, hélas, non – sauf voyages dans le temps et paradoxes étranges dont je n’aurais jamais entendu parler. Je suis ouverte à toute surprise dans ce sens, cela dit : si vous êtes au courant d’informations top-secrètes scientifiques ou gouvernementales, je suis toute ouïe.

Plantons le décor. Fin des années 1960. Le monde arrive, d’une façon ou d’une autre, à vivre sans la merveille qu’est Terminator. La légende du bodybuilding, le culturiste, entrepreneur et créateur de magazines canadien Joe Weider (co-fondateur de l’International Federation of BodyBuilders (IFBB) avec son frère Bob, mais aussi à l’origine de grandes publications telles que FLEX, Shape et Muscle & Fitness) rencontre les producteurs du futur grand-navet du cinéma Hercules in New York. Joe Weider a croisé en 1968 la route de Arnold Schwarzenegger, lors de sa victoire au M. Univers de 1968, et a pris sous son aile ce qui était déjà un culturiste autrichien de renom : M. Europe 1966, déclaré homme le mieux bâti d’Europe la même année, M. Univers amateur à Londres en 1967 (le plus jeune de l’histoire – à 20 ans à peine !), gagnant du Stone Lifting Contest de Munich en 1968… Ce que Scharwzy n’est pas, alors, en revanche ? Un acteur. Détail, détail… Un autre ancien M. Univers, Reg Park, qui avait pour lui d’avoir incarné Hercules par trois fois dans trois productions différentes, est pressenti pour le rôle. Afin de lancer la carrière Hollywoodienne de Arnold Scharzenegger, il faut le coiffer au poteau. Et c’est là que William entre en scène…

Comment ? Et bien, par un adage bien connu: la fin justifie les moyens.

Arnold Schwarzenegger rêve de cinéma – rêver ne fait pas tout. Son CV ferait pâlir n’importe quel culturiste et ricaner n’importe quel acteur. Après tout, il n’a que 23 ans. Un podium, ce n’est pas si différent d’une scène, si…? Et dans une démarche que connaît tout jeune qui a déjà arrondi les angles de ses compétences à un entretien d’embauche, voilà Joe Weider qui prétend que son protégé a derrière lui de nombreuses années d’expériences de la scène, oui oui, c’est un acteur allemand de théâtre, spécialiste de Shakespeare, bien sûr qu’il peut jouer Hercule, ha ! Certainement que le jeu d’acteur de Joe Weider est aussi bon que celui qu’il attribue à Schwarzenegger – les producteurs sont convaincus. Le simple fait que leur nouveau rôle-titre ne parle guère anglais (ou alors avec un accent à couper au couteau) ne suffit pas à leur mettre la puce à l’oreille…

Son nom est sauvagement raccourci dans les crédits (en un fort évocateur « Arnold Strong – Mr Universe » – parce que l’original était quelque peu difficile à retenir), la légende (et son autobiographie) veut que tous ses dialogues aient été doublés pour masquer son accent autrichien (depuis, la bande son a été rétablie – sans rajouter grande qualité), le film, de petit budget, est considéré comme piètre, Arnold Schwarzenegger a avoué regretter d’y être apparu, mais la carrière est lancée. Grâce à Shakespeare, le jeune culturiste évolue lentement mais sûrement vers les métiers de la scène (pour de vrai, cette fois).

Le film The Last Action Hero viendra raviver ce lien improbable et incongru entre Schwarzenegger et Shakespeare en 1993 – consciemment ou non. Un petit garçon y imagine Hamlet sous les traits d’une sorte de Terminator en regardant le Hamlet de Laurence Olivier (1948), avec des sentences aussi grandioses que…

HAMLET: [cigar in his mouth] To be or not to be? [taking out his lighter] Not to be. [lights his cigar, castle explodes]

L’image a certainement de la gueule – peut-être bien que Joe Weider n’était pas si loin de la vérité, après tout.

Bibliographie & filmographie

  • L’excellent Shakespeare on Toast de Ben Crystal, sans lequel l’information développée ici ne serait jamais venue à ma connaissance. Publié chez IconBooks. Vraiment cool et ultra-fouillé, pour tous les amateurs de Shakespeare (anglophones) – il vous initiera à merveille à l’oeuvre du Barde, et même à la poésie anglaise (et c’est pas si simple, la poésie anglaise !)
  • L’autobiographie de Arnold Schwarzenegger lui-même: Total Recall: My unbelievably true life story. Publié chez Simon & Schuster. C’est en anglais aussi. Ca vaut au moins un petit coup d’oeil, à l’occasion.
  • Hercules in New York, le film, réédité en 2007 pour notre plus grand plaisir (…???), réalisé par Arthur Allan Seidelman.
  • The Last Action Hero, réalisé par John McTiernan.
  • Le rôle de Joe Weider dans la vie de Arnold Schwarzenegger peut être retrouvé en grande partie dans la déclaration que ce dernier a publié sur son site internet à l’occasion du décès de son mentor, par ici – y compris l’aveu de ce lien incongru à Shakespeare.

2 réflexions au sujet de « …Arnold Schwarzenegger doit en partie sa carrière à Shakespeare? »

  1. Lorsque j’étais petite, ma mère a regardé ce premier film de Schwarzenegger (Moi aussi, j’aime le copier/coller ^^) parce que ça parlait d’un personnage de mythologie grecque. Et la seule scène que j’ai retenue, c’est lorsque qu’il est dans une sorte de carrosse ou de char dans une ville. Bref, c’était naze 😀
    J’apprécie cette petite touche d’humour dans tes articles et je t’encourage pour les débuts de ton blog que je suivrais avec plaisir.

    Bonne journée ^^

    • Haaaa, regarder de (mauvais) films parce qu’ils parlent de mythologie grecque… je suis passée par là aussi ! Mais il vaut le coup de le voir une deuxième fois, il a au moins le mérite d’être drôle !
      Merci beaucoup pour ce commentaire adorable ! Je crois que je vais faire une habitude de passer sur ton blog aussi, j’ai toujours besoin de nouvelles choses à lire…
      Bonne journée aussi 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *